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Propositions pour une urgence de la solidarité dans les villes, quartiers et banlieues

mardi 22 janvier 2008

Quelques 150 personnes ont participé lundi 21 janvier, à la réunion organisée à Vaulx-en-Velin pour mettre au point une « Charte de la solidarité entre la ville et les quartiers », réponse nationale à « l’imposture » du plan banlieue". Marie-George Buffet a été accueillie par le maire de Vaulx-en-Velin, Maurice Charrier. Participaient notamment à la rencontre Hervé Bramy, Président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Joseph Trehel, secrétaire national de l’ANECR, Martial Passi, maire de Givors, Mireille Elmalan, maire de Pierre-Bénite...

Le texte de la déclaration

  • Elus et militants communistes, républicains ou apparentés, habitants de Vaulx-en-Velin, réunis le 21 janvier à la veille de la venue dans cette ville de Mme Fadela AMARA, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la Ville, nous prenons acte de l’affirmation du gouvernement d’initier de relancer la politique de la ville à travers un plan baptisé « plan respect - égalité des chances ». Mais le report début février de l’annonce de ce projet ne préfigure rien de bon. Si l’on en croit les déclarations du 14 janvier de Mme Christine BOUTIN, Ministre du Logement et de la Ville, le plan déjà prévu a minima serait encore trop « centré sur la banlieue », ce que le Premier Ministre a implicitement confirmé le lendemain. On peut donc s’inquiéter qu’une nouvelle fois ce énième plan gouvernemental ne prenne pas en considération les inégalités entre ville riches et villes pauvres et donc que la solidarité entre les territoires n’en sorte pas renforcé. Il a déjà été annoncé que ce plan ne devait pas ponctionner de manière significative le budget de l’Etat.

Nous constatons que la situation dans nos villes, quartiers et banlieues ne cesse d’empirer d’année en année.

Une misère indigne de notre époque s’étend dans des zones de plus en plus vécues comme des espaces de relégation. Faut-il rappeler en effet que 7 millions de personnes vivent aujourd’hui avec moins de 817 euros pas mois et que ces personnes sont très souvent concentrées dans les mêmes zones ? Cette pauvreté est nourrie par le chômage, l’emploi précaire, les bas salaires, l’augmentation des loyers, le recul des services publics, le désengagement de l’Etat, les délocalisations d’entreprises qui structuraient la vie économique et sociale de ces quartiers.
Face à cette situation désastreuse, les élus locaux, dernier bout de la chaîne de décision, se retrouvent en première ligne. Chargés de pallier les carences du système dans son ensemble, ils sont en réalité obligés de gérer la pénurie au jour le jour, sans disposer des moyens financiers nécessaires pour assurer cette mission.

Un cercle vicieux se met alors en place : certaines populations s’appauvrissant et en l’absence d’entreprises sur leur territoire, les municipalités ne disposent plus des ressources fiscales leur permettant d’investir dans les équipements indispensables ou se trouvent dans l’obligation d’accroître la pression fiscale sur des foyers qui peuvent déjà difficilement la supporter. Les populations les plus aisées tendent alors à quitter ces communes, renforçant encore le phénomène de relégation. Le fossé se creuse avec les communes favorisées, contribuant à la mise en place d’une inégalité territoriale durable, une véritable « fracture spatiale » dans notre pays.

Malheureusement, les récentes décisions gouvernementales ne feront qu’amplifier cet état de fait.

La volonté de faire ratifier le Traité européen, sans consultation du peuple, va contribuer à renforcer l’Europe libérale, la mise en concurrence des territoires qu’elle implique amenant encore plus de délocalisations, de plans sociaux, de liquidations de notre patrimoine industriel. La suppression de 22 000 postes dans la fonction publique va affaiblir encore les services publics de proximité pourtant essentiels que sont les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les équipements sociaux, la police, la justice... Le cadeau de 15 milliards d’euros aux plus riches voté cet été et, en parallèle, le refus de relancer le pouvoir d’achat renforcent les inégalités qui minent pourtant le tissu social de nos quartiers. Pire, le gouvernement laisse croire que seul le mérite individuel est propre à faire sortir de l’ornière les personnes en difficulté économique et sociale : un prétexte pour refuser les vraies solutions fondées sur l’intérêt général et la solidarité.

Au vu de cette crise sociale qui s’aggrave et des décisions qui la renforce, la jeunesse a de bonnes raisons de se sentir incomprise, d’avoir le sentiment d’être abandonnée à son sort. Il n’est pas étonnant dans ces conditions qu’elle utilise parfois le seul moyen à sa disposition pour exprimer son désarroi, à savoir une certaine violence sociale. On aurait pu penser que les émeutes de novembre 2005 joueraient le rôle d’un indicateur d’alerte pour les pouvoirs publics, l’obligeant à prendre toute la mesure de la crise. Or, privilégiant une lecture purement sécuritaire de ces violences, les gouvernements successifs se sont contentés de vraies-fausses solutions répressives, se voilant la face sur les causes réelles de ces troubles, considérant au fond les jeunes comme un problème plutôt que comme un avenir. Les récents affrontements de Villers-le-Bel sont là pour rappeler que rien n’a été réglé.

Face à cette spirale de l’échec qui touche leurs quartiers, nous proposons de privilégier des solutions de fond, sous forme d’un plan audacieux qui tournerait le dos aux mesures homéopathiques prises par le passé.

Pour cela, il s’agit de cesser d’exonérer l’Etat de ses responsabilités dans la crise à laquelle nous assistons, en cessant de considérer que le maire peut tout régler à lui seul.
L’Etat doit par conséquent mettre en place, après une large concertation avec les collectivités, un véritable plan d’urgence pour les banlieues et les quartiers en difficulté. Ce plan, aurait pour objectif :

• D’écouter vraiment tous les jeunes des banlieues, les respecter, construire avec eux leurs projets de vie, contribuer à leur réussite scolaire et professionnelle en dégageant des moyens massifs dans l’éducation, avec des filières professionnelles et des classes préparatoires répondant à l’attente des jeunes et aux besoins des territoires. Pour y parvenir, l’ostracisme dont ils sont souvent victimes dans leur accès à l’emploi comme dans la vie quotidienne doit être reconnu et combattu. Il faut mettre un terme aux handicaps individuels qu’amplifie le cumul des discriminations : genre, origines familiales, lieu d’habitation...

• De mettre en place un plan d’urgence pour éradiquer la pauvreté. Contre cet état de misère qui s’étend, nous proposons le logement des sans-abri dans des maisons d’accueil, l’interdiction des saisies, des expulsions, des coupures d’eau, de gaz et d’électricité, la résorption de l’habitat insalubre, la mise hors la loi des marchands de sommeil, le relèvement des revenus des plus démunis pour qu’aucun foyer ne vive dans notre pays sous le seuil de pauvreté (pourquoi ne pas étudier la mise en place d’un Revenu Minimum d’Existence ?).

• De valoriser et mettre en avant la création, le travail, le désir d’entreprendre, la culture, l’engagement associatif et sportif, les talents et les atouts formidable de ces territoires.

• De cesser les amalgames honteux entre violences et immigration, les chasses aux sans-papiers et reconnaître enfin le droit de vote aux ressortissants étrangers, comme l’estime juste plus de 70 % des citoyens.

• D’engager immédiatement un plan de construction de places d’hébergement d’urgence que l’Etat avait promis et de logements HLM sur l’ensemble du territoire national pour répondre aux besoins, ainsi que la réhabilitation des logements de foyers modestes. Nous proposons le recours local à des réquisitions pour les propriétaires spéculateurs et des dispositions législatives pour rendre incontournable l’obligation d’aller à 20 % du patrimoine locatif composé de logements sociaux tel que posé par la loi SRU et sanctionner les maires délinquants qui refusent de s’y soumettre.
Nous proposons de bloquer puis de réduire les loyers de telle façon que les dépenses pour l’habitat ne puissent pas excéder 20% des revenus d’une famille. Nous proposons enfin d’accompagner l’épanouissement individuel et familial, notamment dans l’accession à la propriété.

• De valoriser et mettre en oeuvre une vraie solidarité nationale entre les territoires afin de résorber les fractures urbaines et sociales qui minent notre société. Pour y répondre, une nouvelle politique d’aménagement du territoire doit être mise en oeuvre avec les populations, les élus et les acteurs sociaux et économiques.

• De placer, au cœur de ces solidarités, le développement et la promotion des services publics, une sécurité d’emploi et de formation passant par des mesures concrètes impliquant les entreprises locales, l’accès au logement et à la santé, une école de la réussite exemplaire de démocratie et de laïcité, des transports accessibles et modernes propres à désenclaver certains quartiers, un environnement durable, une citoyenneté réelle.
Ils proposent également de promouvoir un service public de la petite enfance (crèches, halte garderies, centres de loisirs...).

• De stopper l’étranglement financier des villes et particulièrement des communes de banlieue les plus pauvres. Au lieu de couper leurs vivres comme le poursuit le projet de loi de finances pour 2008, le gouvernement doit donner du souffle à leurs finances, par exemple en valorisant leurs recettes de DGF et de DSU. Nous proposons également de mettre en oeuvre notre proposition de taxer les actifs financiers. L’application d’un taux (très modeste !) de 0,5 % rapporterait 15 à 20 milliards d’euros, redistribués solidairement entre les communes pour répondre aux besoins des populations, et plus particulièrement les plus défavorisés.

Seule une telle politique volontariste et globale permettra de désenclaver ces territoires aujourd’hui maintenus à l’abandon et de résoudre les problèmes sociaux qui sont à la racine de la désespérance des jeunes !

Vaulx-en-Velin, le 21 janvier 2008


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